LE BLUES DE DANIEL " Christophe " BEVILACQUA

" C'qui m'a bercé c'est l'blues... " (interview)


Christophe, grand collectionneur de 78 tours de rock et de blues à écouter évidemment sur un juke box de préférence Wulitzer ; mêlant ainsi l'objet et le son en une osmose où ce qui craque de sillons rode alentour de la perfection. C'est ça le blues, déclare plus que vaguement Christophe, cette musique lui tenant tant et tant à coeur et dont il a à peine effleuré dans son propre parcours discographique les tensions ; les tentations. Trop de respect pour véritablement se lancer. En 1975, après le tourbillon des mots bleus et autres paradis perdus, Christophe décide de s'attaquer à l'enregistrement de tout un album carrément de blues. Des contacts sont pris, des musiciens approchés, des sessions enclenchées, quelques morceaux enregistrés selon toute vraissemblance sans qu'aucun d'eux ne voit commercialement le jour. Aujourd'hui il crie haut et fort que son Aline de 1965 est un blues, un blues parce qu'il crie, parce qu'il a mal et c'est de douleur et heurts qu'il nous parle en nous intimant d'en ressentir la peine. C'est ce Christophe qui nous interesse, celui-là même qui se ballade le plus souvent avec un harmonica en poche et puis son blues, évidemment son blues, ce bleu mélange solidement racée, enraciné à l'intérieur de sa tête (l'un terre rieur ...). Le rock et bleus qu'il nous donne en concerts dans de petites boites où il aime à se retrouver vers 1966 / 1967, durant une première carrière de chanteur pseudo romantique où il se sent : tellement peu lui-même... décalé déjà, et c'est pour ça le blues. Et c'est en 1996, sur l'incroyable album " Bevilacqua " qu'il nous livre une superbe émotion à travers une histoire où le chanteur subit l'anarque au blues, après avoir envoyé 25.000 f (mais la somme a si peu d'importance) à un type, aux Etats-Unis, qui revendait une partie de sa collection de 78 tours pour casquer son divorce. Oui mais Christophe n'a jamais rien reçu...

LABEL OBSCUR

strictement rien reçu, pas une question d'argent, mais de ce picotement à la chair rien qu'en pensant à ces 78 tours faisant partie de la liste de recherche, 78 tours enregistrés par des artistes sur de parfois obscurs labels, mais puisque je vous dis que c'est ça le blues. Souffrir et attendre ; attendre tout d'un son (ça bon dieu oui, et comme personne d'autre : il sait le faire). Alors la musique, celle que l'on a dans sa tête reste et demeure interminablement un blues. Celle de Christophe en tous les cas en a la couleur et nuage d'or sur son album de 2001 nous emporte sur un " Nuage d'or " où il fait bon entendre, pour certains découvrir pour d'autres réentendre la voix ravageante de big joe Williams, décéde en 1982... et puis, pour celles et ceux ayant assisté au fabuleux concert de Christophe donné au Grand Rex en mars 2003, il nous reste en mémoire cette trace et entêtement d'un chanteur ayant placé au beau milieu de la scène un juke box de collection, duqel jaillit et craquelle - en ouverture, sans qu'il ne soit présent sur la scène, sans qu'absolument rien d'autre ne se passe - le That's all right de Presley... Concert certainement le plus blues de l'artiste se révélant avec le temps de plus en plus décalé et donc, donc de plus en plus blues.

Jean-François Jacq


BIG JOE WILLIAMS

Elvis Presley, époque Sun Records


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